Biographie Joe Dassin Biographie

1938-1964

Né sous la protection de la Statue de la Liberté, à New York, le 5 novembre 1938, Joseph est fils d'une violoniste classique, Béatrice, dite Béa, qui travaille avec quelques grands de la musique classique, notamment Pablo Casals. Son père, Jules Dassin, est passionné par le cinéma. Assistant d'Hitchcock, après une courte carrière d'acteur, il devient metteur en scène. C'est ce couple uni, dans une Amérique qui va se venger de Pearl Harbour, qui donne deux soeurs à Joseph, Ricky, l'aînée, Julie, la cadette. Le petit Dassin grandit dans un "cocoon", plein d'amour. Jusqu'en 1940, ses balbutiements restent new-yorkais. Puis son père, fasciné par le septième art, décide de s'installer à Los Angeles, entre les studios de la mythique MGM à Hollywood et les plages du Pacifique. Dans cette ville américaine, où l'Asie et l'Europe ont tracé leur frontière, Joseph passe son adolescence jusqu'au jour où...

Le monde bascule. Le second conflit mondial terminé, les accords de Yalta signés, le monde vit les conséquences de la "Guerre froide". Le face à face Est-Ouest. Les USA face à l'URSS, le capitalisme face au communisme. Le sénateur Mac Carthy, dans sa chasse aux sorcières, traque les sympathisants communistes. Jules Dassin, dont la notoriété croît, n'est pas vu d'un bon oeil. Très vite, il est accusé de sympathie pour Moscou. Fini le doux climat hollywoodien. C'est le temps de l'exil pour la petite famille Dassin. Fin 1949, dans la fumée d'un liner transatlantique, Joe voit s'éloigner dans les brumes du paquebot, le sol qui l'a vu naître. Désormais, aucune terre ne sera jamais plus la sienne.

Lorsqu'il découvre la vieille Europe, Joe a douze ans. Nous sommes en 1950, et le vieux continent est en pleine reconstruction. Le plan Marshall et la CECA (Communauté Européenne du Charbon et de l'Acier) font les manchettes de la presse. Jules et Béa se sont installés à Paris. Joe, lui, est en Suisse, en pension au célèbre collège du Rosey. Chic et cher. Maigre l'exil, l'argent ne semble pas être un problème pour les Dassin. Joe fréquente Karim Aga Khan et les riches héritiers européens.

Nombreux sont les changements d'établissements. En 1951, on le retrouve en Italie, en 1953, à l'Ecole internationale de Genève. Celle-ci l'envoie, en 1954 à Grenoble, passer son baccalauréat, ce diplôme n'existant pas en Suisse. Il a 16 ans et il est très beau garçon, avec une légère coquetterie dans l'oeil. Il parle trois langues et obtient son bac avec mention "bien".

En 1955, les parents de Joe se séparent. Si le cinéaste reste sous les feux des projecteurs avec sa nouvelle compagne, l'actrice Mélina Mercouri, la violoniste préfère rester désormais dans l'ombre. Joe vit mal l'échec du couple de ses parents et décide de retrouver ses racines. Il regagne une Amérique où les universités ont un niveau encore inégalé. Quand il débarque aux Etats-Unis pour suivre des cours dans l'université d'Ann Harbor (Michigan), Elvis Presley a commencé la croisade pour le Rock'n'Roll. Joe ne semble pas vraiment touché par ce style musical. Loin des blousons noirs et des rebelles sans cause, d'un American Graffiti "live", en étudiant sérieux et appliqué, le jeune Dassin s'essaye à la médecine quelques heures. Trop sensible, il préfère se tourner vers l'ethnologie et le russe. Soucieux de continuer à parler plusieurs langues couramment, il vit avec deux copains francophones, un Français, Alain Giraud, et un Suisse, qui ne se doute pas qu'il deviendra le doyen de la faculté de Genève. C'est avec Alain que Joe fait quelques infidélités à sa table de travail. Armés d'une guitare sèche, alors que l'Amérique s'est "électrifiée", sans blouson de cuir, ni banane gominée, ils chantent en duo pour quelques "bottom dollars". Au répertoire de ce "duet", ni Elvis Presley, ni Eddie Cochran, mais tout simplement Brassens. Leaders d'un French Folk dont ils font une promotion locale sans égal, Joe et Alain chantent debout sur une échelle double, histoire d'être mieux vus par l'assistance. Dans cette ambiance de Pom-Pom giris, le duo francophone doit être un des premiers à avoir exporté la poésie de Brassens sur les campus américains. Ces récitals sont plus des boeufs ludiques, ponctuels qu'un travail régulier, et pour subsister, Joe doit travailler. Il n'en éprouve aucune frustration, car, dans l'Amérique de l"'affluent society" de J.K. Galbraith, c'est la tradition pour les jeunes Américains qui font tous de nombreux "student jobs". Testeur, livreur, camionneur, seront le lot de Joe pendant ces six années. Notre étudiant modèle trouve cependant le temps d'écrire une nouvelle, "Wade In Water", qui obtient un deuxième prix national.

Douloureux présage : il est réformé et n'effectue pas son service militaire. Motif : souffle au coeur.

Ses années d'Université sont aussi celles du triomphe planétaire de son père, devenu le grand Jules Dassin. En 1958, ce dernier lui demande d'enregistrer quelques thèmes de son film "La loi" avec Gina Loilobrigida, et notamment une tarentelle. Dassin. se retrouve sur un super-45 tours qui paraît chez Versailles en 1959. Ensuite, c'est le film "Jamais le dimanche" ("Never On Sunday"), en 1960. Un film, où la musique, et notamment la chanson "Les enfants du Pirée", par Mélina Mercouri, joue un rôle prépondérant. Quand Joe termine son doctorat en ethnologie, les années 60 sont bien entamées. Le Rock'n'Roll a conquis l'Amérique. Il est en passe de venir à bout de l'Europe.

Diplôme en poche, il est temps, pour Joe, de se prendre en charge. De penser à l'avenir. Ce qui n'est pas facile pour lui qui est un artiste, comme ses parents, mais pas un rêveur. Pour l'heure, son futur est de l'autre côté de l'Atlantique, dans cette bonne vieille Europe où il a vécu ses joies d'adolescent. Sans argent, il s'embarque sur un bateau et rejoint l'Italie dans la soute d'un cargo. Nous sommes en 1962 et il a 24 ans. Comme il n'a pas encore envie de trouver un travail fixe, son père l'engage comme assistant sur le tournage de "Topkapi", son deuxième grand film à succès. La presse mondiale adore montrer le père et son fils sur le même plateau et dévoile le visage moustachu et très oriental du fils du cinéaste prodige. Avec cet argent facilement gagné, il s'achète une petite Triumph. Juste après, on le retrouve animateur à Radio Luxembourg et journaliste à Play-Boy alors que le mouvement yéyé français bat son plein.

Le 13 décembre 1963 marque un tournant dans sa vie privée. Ce soir-là, il rencontre une jeune fille lors d'une des nombreuses soirées organisées par Eddie Barclay. Cette "party" a pour prétexte la sortie française du film "Un monde fou, fou, fou". Devant l'imposante architecture du Pavillon d'Armenonville, Joe est impressionné par le charme et la personnalité de la jeune fille. Son prénom ? Maryse. Ni l'un, ni l'autre, ne savent qu'ils sont partis pour dix années de romance. Quelques jours après la soirée au Pavillon, Joe invite Maryse Massiera en week-end au Moulin de Poincy à 40 kilomètres de Paris. Son but, la séduire. Ses moyens, le grand jeu. Là, dans l'intimité de la chaleur d'un feu de cheminée qui crépite, il lui chante "Freight Train", en s'accompagnant à la guitare. Ses cordes vocales associées à celles de la guitare sont irrésistibles, et il le sait. Son plan diaboliquement attendrissant fonctionne à 200%, et elle fond dans ses bras... Après ce week-end hors du temps, les deux amoureux vivent sur un nuage jusqu'aux fêtes de fin d'année.

A partir du 6 janvier 1964, le jeune couple tire des plans sur la comète, de façon déterminée. Au bout d'un mois, l'idée de fiançailles, voire de mariage, est déjà dans l'air. Joe et Maryse s'installent chez la mère de Joe, qui vit à Saint-Cloud. La solution semble bien provisoire, mais les deux amoureux ne se posent pas tant de questions. Désormais, Joe écrit des nouvelles qui paraissent dans la presse et qui lui permettent de vivoter. Et même d'inviter Maryse pour quelques jours de ski en février à Zermatt. En Suisse. En rentrant, le couple prend peu à peu conscience des réalités du quotidien, et doit trouver une solution au problème du logement. Leurs économies regroupées, au printemps 1964, Joe et Maryse se mettent en quête d'un appartement. Comme tous les Américains, Joe a un faible pour Saint-Germain-des-Prés. Il opte pour le boulevard Raspail, en face du Centre américain. Le petit trois pièces au cinquième étage est bien loin des rêves de Joe. Qu'importe, c'est son premier logement et il le partage avec celle qu'il aime. Passionné par son nouveau rôle d'homme au foyer, il passe une partie de l'été à retaper le "nid". Très concerné par son rôle de chef de famille, il met les bouchées doubles. Pour arrondir les fins de mois, il double des films américains, écrit des articles pour Play-Boy et Thé New Yorker. Il tourne même dans "Trèfle rouge" et "Lady L.". Entre ces deux films, il est assistant-metteur en scène sur le tournage de "What's New Pussycat" ("Quoi de neufPussycat"). Sa guitare est sa passion, son plaisir du soir. Maryse partage avec lui ces moments d'émotion musicale, dont il ne songe, à aucun moment, tirer de quelconques ressources. La vie va en décider autrement.

Depuis ses années de pensionnat, Maryse a une amie, Catherine Régnier. C'est avec cette dernière qu'elle a partagé ses peines et ses joies d'adolescente. En cette année 1964, Catherine est engagée comme secrétaire d'une maison de disques américaine tout récemment installée en France, au 42, rue de Paradis dans le Xème arrondissement de Paris, dans un bureau peu reluisant. La Columbia Broadcasting System, plus connue sous le sigle CBS, distribue timidement les disques d'artistes américains comme Barbra Streisand. Maryse entend Catherine lui parler de chansons, de disques, et ça lui donne une idée : avec la complicité de cette dernière, qui connaît un graveur (la personne qui - à partir d'une bande magnétique - transfère les enregistrements sur le sillon du vinyle), elle va offrir un disque à Joe. Comme on offre une eau de toilette. Un disque, dit "souple", à un seul exemplaire, sur lequel sera gravée la voix de l'homme qu'elle aime, qui chante "Freight Train" et qui fête ses vingt-six ans le 5 novembre suivant. Un disque qu'elle pourra écouter facilement en ces temps où le magnétophone à cassette balbutiant est encore un luxe.

Un rendez-vous est pris pour la gravure du souple. Armée d'une bande magnétique sur laquelle est enregistrée la voix de Joe, Maryse débarque un jour d'octobre chez CBS. Dans cet appartement transformé en bureau de fortune, au quatrième étage sous des toits qui laissent la pluie s'infiltrer. Là où les bassines fleurissent à chaque orage, se joue l'avenir d'une des plus grandes carrières de la chanson française de variété. Maryse embrasse Catherine, celle-ci récupère la bande et promet de faire graver la chanson pour début novembre. Maryse sortie, la petite équipe plus habituée à distribuer les produits d'outre-Atlantique qu'à écouter des bandes de jeunes artistes français, voit en cet enregistrement une bonne façon d'animer la fin de la journée de travail. En moins de temps qu'il n'en faut pour le dire, le staff dérobe la bande à l'étagère où elle était posée, branche un gros magnéto à bande, le met en marche et… ce qui n'était qu'un moyen de distraction devient vite l'objet de profondes réflexions. La voix du chanteur est chaude, son grain original, son sens du rythme évident. Et si au-delà du pressage unique, le disque sortait dans le commerce ? Si CBS-France au lieu de distribuer des stars américaines constituait son propre catalogue ? Le disque-cadeau est gravé et Catherine est chargée de convoquer Joe à un rendez-vous avec la petite équipe de CBS France. Comme cette histoire a pour but dé lui faire une (bonne) surprise, Joe ne sait rien de tout cela. Et la "surprise" de son anniversaire ne le met pas d'excellente humeur. Surtout quand il apprend que sa voix s'est promenée dans une maison de disques et que celle-ci veut le rencontrer pour le produire. Autant dire que, quand Catherine lui propose le rendez-vous chez CBS, la réponse ne se fait pas attendre. "Non" au rendez-vous, "Non" à une carrière dans la chanson : Joe ne sera jamais chanteur. D'autres se seraient contentés d'une telle fin de non-recevoir. Mais il en fallait plus pour décourager Catherine qui croit au talent de Joe. Elle revient à la charge cinq fois, dix fois... et réussit à le convaincre d'enregistrer un disque. Pour voir. Deux mois de persévérance ont raison du jeune rebelle. Quelques jours avant Noël, le bastion tombe. Joe abdique et signe. Il est la première signature française de toute l'histoire de CBS.

Le 26 décembre, Joe est en studio avec l'orchestre d'Oswald d'Andréa. Avec de petits moyens, il enregistre quatre titres pour un super-45 tours à pochette glacée. A côté des inévitables adaptations de l'époque, deux chansons sont signées par Jean-Michel Rivât et Frank Thomas. Ces jeunes talents amorcent une collaboration avec Joe qui va rentrer dans la légende. Tout se fait vite, trop vite, aussi Joe a-t-il de la peine à croire en sa "bonne étoile".

1965

II a bien raison. Pressé à 1 000 exemplaires entre le 5 et le 12 février, le disque n'est quasiment pas distribué. L'accueil mitigé qu'il reçoit de la part des radios périphériques, sans qui rien n'est alors possible, ne pousse pas CBS à persévérer. Monique Le Marcis de Radio Luxembourg et Lucien Leibovitz d'Europe Un, sont les deux seuls à le programmer. Ils sentent en Joe la fibre des grands. En mars et avril, le moral est au plus bas. Joe, qui ne voulait pas devenir chanteur il y a à peine quelques mois, s'est piqué au jeu. Maintenant, il n'accepte pas l'échec de son premier disque et veut faire ses preuves en tant qu'interprète. Avec CBS, il décide de tout reprendre à zéro. Du 7 au 14 mai, Joe rentre à nouveau en studio avec le même Oswald d'Andréa. En trois séances, il enregistre les quatre chansons du deuxième EP (Extended Play) qui sont avant tout des "covers" (adaptations). Publié au mois de juin, le disque est pressé à 2 000 exemplaires. Ces derniers sont mis sur le marché, alors qu'en juillet, un pressage promotionnel est envoyé aux radios. Rien n'y fait, le tube de l'été appartient à d'autres... Ces deux échecs galvanisent Joe qui désormais s'accroche à cette carrière de chanteur dont il ne voulait pas. Il court les éditeurs, cherche des adaptations pour son troisième essai qui doit être le bon. A la fin de l'été, il tient "son" tube, "Shame And Scandal In The Family", un succès américain, qu'il propose de faire en français. Le directeur de CBS hésite... Trop tard ! Sacha Distel, qui vient de signer chez Pathé-Marconi, a besoin de matériel et l'enregistre. Les Surfs, qui cherchent un second souffle chez Festival, font de même... Bilan : un énorme succès pour les deux et une colère noire pour Joe qui menace de changer de maison de disques. Si les résultats de Joe ne sont pas fameux, CBS France n'atteint pas non plus les résultats escomptés par CBS-USA. La direction new-yorkaise décide donc de remplacer le directeur de la filiale hexagonale. Elle choisit Jacques Souplet, qui sort d'une expérience positive avec les disques Barclay, et qui décide de tout changer rue de Paradis. A commencer par les bureaux. C'est dans un hôtel particulier du XVIème, au 3, rue Freycinet, que s'installe ce qui va devenir une des principales majors françaises. Joe décide de patienter et d'attendre les résultats de cette nouvelle équipe qui lui promet de prendre en main sa carrière. Une nouvelle séance en studio est programmée les 21 et 22 octobre. Joe sait que c'est quitte ou double. Soit le disque est un succès, même modeste, soit il ne marche pas, et des décisions s'imposeront. Le troisième super-45 tours ne compte que des adaptations, les meilleures que Joe peut décrocher. A une époque où les éditeurs réservent leurs meilleures chansons aux vedettes confirmées. Johnny ou Cloclo sont les premiers servis. Joe doit se contenter des restes. Signées Rivat, deux adaptations sont écrites sur des chansons brésiliennes qui triomphent dans les pays anglo-saxons. Très vite après l'enregistrement, du 5 au 9 novembre, 4 000 EP sont pressés, suivis de 1 300 simples promotionnels le 19 novembre. Ouf, le disque marche en radio. 20 à 25 000 copies seront vendues. Même si, pour "Guantanamera", la version de Nana Mouskouri et celle des Compagnons de la Chanson, qui font également partie depuis peu de l'écurie CBS, réalisent de plus grosses ventes. "Bip-Bip", contrairement à "Guantanamera", est un succès qui lui est propre. Même s'il passe plus en radio que chez les disquaires, qu'importe ! Un pas de géant vient d'être franchi : Joe s'est fait un prénom. Jacques Souplet étoffe l'écurie CBS, signe de nouveaux contrats et n'a pas vraiment le temps de s'occuper de Dassin. Il voit bien que ce dernier a besoin d'un producteur, de quelqu'un pour le piloter, le conseiller. Il a bien une idée... Un producteur génial vient de se rendre disponible. De plus, il lui semble très proche de Joe. Comme Joe, il est fou de jazz, il a fait des études de droit, il connaît l'Amérique et les Américains. Côté "métier", il a édité en France les premiers disques de Dizzy Gillespie et de Charlie Parker, a travaillé chez Pathé avec Aznavour, a lancé la marque Capitol en France, avant d'être directeur artistique, chez Philips, de Gainsbourg et Hallyday. Pour finir, il a été le premier producteur indépendant chez Philips et a "fait" Sheila avec Claude Carrère. Depuis le 13 septembre, il s'est séparé de ce dernier. Il est donc disponible. L'occasion est trop belle. Souplet sait que Jacques Plait est l'homme de la situation. Reste à le convaincre. Les deux Jacques se rencontrent et tombent d'accord sur un éventuel statut de producteur indépendant auprès de CBS pour Jacques Plait. Une seule condition laisse le contrat en suspens. Le courant doit passer entre Plait et Dassin. Un rendez-vous est pris pour un déjeuner de fin d'année entre les trois hommes. Le professionnel redoute ce qu'il croit être un fils à papa. Dassin craint le pire et ne sait pas comment il acceptera d'être managé. Le 31 décembre, entre le fromage et le café, le verdict tombe. Juste après les défenses naturelles de chacun. Plaît explique, Dassin écoute, Souplet boit du petit lait. Le courant passe. En continu. L'histoire est en marche. Après le déjeuner, Jacques Plait, qui rentre chez lui à Sceaux, dépose Joe devant son domicile boulevard Raspail.

La poignée de mains qu'ils échangent l'atteste : un contrat vient d'être signé dans un sourire. Il n'y en aura jamais aucun autre.

1966

Joe a d'autres chats à fouetter, Maryse le "convoque" en mariage. La cérémonie est fixée au 18 janvier, dans le XIVème. S'il accepte de s'y rendre, il refuse tout net la présence de ses amis ou de sa famille, toujours très marqué par l'échec du mariage de ses parents. Interdisant l'accès de la mairie même à Catherine Régnier. Bougon ce matin-là, sur le chemin qui le mène à la mairie, il croise par hasard son ami et parolier Jean-Michel Rivat. Celui-ci lui demande où il va. Quand Joe lui annonce la nouvelle, il n'en croit pas ses oreilles et décide de suivre Joe jusque chez Monsieur le maire. Dans une ambiance on ne peut plus intime, Joe enterre sa vie de garçon. S'ensuit une noce dans un restaurant russe, où il finit ivre mort. Joe Dassin est marié. Jacques Plait ne tarde pas à se manifester. Il faut trouver des chansons, les faire adapter, trouver des musiciens, un studio... car l'époque n'est plus aux studios intégrés des maisons de disques et aux musiciens fonctionnaires. Joe commence à travailler avec celui qu'il ne tardera pas à baptiser Jacquot. Beaucoup boulot et peu dodo. Après plusieurs semaines de recherche, le tandem est séduit par quatre titres anglo-saxons dont une chanson américaine, "You Were On My Mind". Les adaptations sont demandées à Rivat qui signe "Comme la lune", mais aussi aux grands du métier. L'un d'eux, André Salvet adapte "The Cheater", qui devient, à la demande de Dassin, "Le tricheur". De bonnes mélodies et de bons textes ne suffisent pas, Jacques Plait sait que rien ne doit être laissé au hasard. Claude François et Richard Anthony enregistrent à Londres, Joe Dassin doit, lui aussi, aller enregistrer à Londres, se dit-il, sans y croire vraiment. Il est vrai que Joe n'a pas encore fait ses preuves. Plait demande. Souplet accepte. Décidément, le poulain de CBS a la confiance de sa compagnie...

Mais, les problèmes ne s'arrêtent pas là pour autant. Jacques Plait doit trouver un chef d'orchestre, faisant office d'arrangeur. On propose à Plait trois noms et trois numéros de téléphone, le premier est absent, le second décroche, c'est Johnny Arthey, le troisième ne saura jamais ce qu'il a manqué. Dans le froid de l'hiver 1966, Joe et Jacques prennent l'avion pour Londres, et rendent visite à Arthey qui travaille chez l'éditeur Feldman Music, 64, Dean Street à Soho. Très vite, Jacques et Joe se rendent compte qu'ils ont affaire à ce qu'on n'appelle pas encore une pointure. Ils lui présentent les chansons qu'ils veulent adapter. Marché conclu, Arthey a saisi l'ambiance qu'ils veulent donner au disque. Il sera l'arrangeur en studio de Joe. Pour toujours. Un jour gris de début mars, Joe est fébrile. Les musiciens choisis par Arthey enregistrent ses musiques pour sa tonalité de baryton basse, au Lansdowne Recording Studio de Londres. Quelques jours après, Joe fait les prises de voix à Paris, dans un ancien cinéma désaffecté, le studio Davout, un des premiers studios indépendants. Ces 22 et 23 mars, "You Were On My Mind" devient "Ça m'avance à quoi", le titre phare du quatrième disque. Souplet sort le disque très vite, en avril, Dassin étant absent des rayons des nouveautés depuis plusieurs semaines. Le vinyle est édité en super et aussi en 45 tours simple. C'est également durant cette année 1966, que Joe devient l'animateur d'une série d'émissions radio, "Western Story", sur les antennes de Radio Luxembourg. Le trio Rivat-Plait-Dassin est très farceur. Il lance Edouard qui chante "Les hallucinations", en réaction à Antoine et "Ses élucubrations". Edouard, à la protest song contestable, n'est autre que Rivat déguisé avec une perruque de cheveux longs et une barbe de prophète. Vogue contre-attaque en justice, gagne, et le super-45 tours doit être retiré. Un second simple d'Edouard est mis sur le marché, puis un troisième, mais le plus gros canular de l'histoire du showbiz français sombre dans l'oubli. En revanche, l'été réussit à Joe qui commence à passer sur les ondes avec "Ça m'avance à quoi". A la rentrée, on parle d'un premier album. En attendant, le marché réclame un nouveau disque. Ce sera un simple avec deux chansons, un disque comme on en donne aux exploitants de juke-box. C'est une grande première. Depuis les débuts du microsillon en France, les maisons de disques ont toujours misé sur le super-45 tours quatre titres, plus rémunérateur. Avec le fléchissement du marché, Souplet décide de relancer la formule du simple commercialisé, comme dans les pays anglo-saxons. Cependant, il donne à ce disque un atout massu, une pochette en couleur, dans un premier temps cartonnée. C'est le début de la série Gemini chez CBS. Joe Dassin est l'un des tout premiers artistes français à tester ce support. Il va l'imposer. Trois ans après, toutes les autres maisons de disques auront suivi le mouvement. Joe enregistre à Davout deux titres les 19 et 20 octobre. Une deuxième version de "Guantanamera" et l'adaptation d'un traditionnel, "Katy Cruel". Ce simple doit permettre de faire patienter jusqu'aux fêtes de fin d'année, date (idéale) prévue pour la sortie de l'album. Patatras ! Les musiciens français se mettent en grève. Plait décide de s'exiler dans un studio anglais. Peine perdue, le mouvement de grève gagne la perfide Albion. Il n'y a plus qu'une solution : enregistrer à New York. Jacquot n'ose pas y croire. Joe y rêve. Souplet donne le feu vert. Le 27 octobre, un avion décolle d'Orly pour New York. A son bord, deux hommes (et leurs épouses, Maryse et Colette) armés de plusieurs chansons. Les séances ont lieu au studio 30th street avec Stanley Tonkel comme ingénieur du son. Six à sept titres sont enregistrés le 31 octobre, ainsi que les 3 et 4 novembre. Après les séances, Joe en profite pour présenter "son" pays à ses amis. Empire State Building, Madison Square Garden, Broadway... et le monument le plus impressionnant de tous à leurs yeux : le building CBS, 52nd Street. Tard, ils rentrent se coucher. Joe et Maryse chez Béa, Jacques et Colette au Waldorf Astoria. La petite troupe a cependant une autre tâche. Faire des photos de Joe à New York pour la pochette de l'album, mais aussi pour la presse qui va adorer l'idée du bel Américain à Paris reparti enregistrer dans sa ville natale. Don Hunstein fait des dizaines de clichés. L'un d'eux est pris au pied de l'immeuble Time Life, alors que Joe est appuyé sur une moto, une Harley, dont il ne connaît même pas le propriétaire. "La Harley de Joe" finira bientôt en recto d'album et fera rêver une génération entière. Un dernier regard sur Kennedy

Airport, et l'avion redécolle pour Paris. CBS décide de sortir un cinquième EP en même temps que le premier LP (Long Play). Le premier sort le 17 novembre, le second le 18. Le succès est rapide. "Excuse Me Lady" entre dans les hits pour Noël. Les ventes s'envolent.

1967

En janvier, André Salvet et Bernard Chevry créent le MIDEM. Peu de professionnels y croient. Plait, qui connaît Salvet et qui lui doit beaucoup, décide de soutenir le projet. Il s'y rend avec Joe, Maryse et Colette. Pour le logement, on leur prête un yacht, ancré dans le superbe vieux port de Cannes. Les journalistes sont nombreux à ce premier rendez-vous du show-business mondial, les stars encore rares. Seuls les débutants s'y sont déplacés, et Joe est la proie préférée de la presse. Quoi de mieux qu'une interview du fils de Jules Dassin dans la capitale du cinéma ? Mais, Joe sait que jouer ce jeu lui sera fatal. Pour l'heure, il préfère se priver d'articles dans la presse, et se contente de présenter le gala des trophées du premier MIDEM. Même s'il ne chante pas, toute la presse remarque ce beau garçon qui présente le spectacle avec aisance. Et en deux langues, s'il vous plaît ! Le lendemain, sans avoir chanté, de semi-vedette, il est devenu vedette à part entière.

Si "Excuse Me Lady" marche convenablement, il faut cependant penser au titre suivant. Et Plait, à Cannes, ne pense qu'à ça. Trouver un titre qui permette d'aller encore plus loin.

Un matin, sur le yacht, Dassin s'apprête à sortir sa guitare à la main. Etonné, Plait l'intercepte. Dassin lui apprend qu'il veut faire écouter à Henri Salvador une chanson qu'il a faite avec Jean-Michel (Rivat) et Frank (Thomas) et qu'il ne pourrait, d'après lui, chanter lui-même. Curieux, Plait veut l'entendre. Joe en a décidé autrement. Les deux hommes s'affrontent. De longues minutes. Plait l'emporte. Dassin la chante appuyé au bastingage... "Taka ta ka ta, voilà les Dalton, ta ka ta ta ka ta, y a plus personne..." Jacques est livide. Joe, placide, ne comprend pas. La lueur dans le regard de Plait l'éclairé à son tour : "Non, je ne la chanterai pas ! Elle n'est pas pour moi..."

Plait, qui tient son tube, n'est pas près de le laisser s'envoler : "Je t'interdis de la donner à Salvador !.." Et bing et bang ! Joe baisse les bras, il enregistrera une chanson de cow-boy. Pour la première et la dernière fois. C'est dans le contrat. Reste une ombre au tableau : les tournées, qui sont déterminantes pour la promotion. Joe rencontre l'imprésario Charley Marouani. Sans y croire. Ses souvenirs de scène ne sont pas très bons. A l'Ancienne Belgique à Bruxelles, en 1966, le bide a été retentissant. Peut-être à cause de l'orchestre local qui n'était pas performant. Qu'importe, Joe tremble d'affronter le public. Charley Marouani le rassure et lui propose la première partie d'Adamo. Banco. Le 9 mars, la tournée débute à Vire. Très vite, il impose son répertoire au public et au tourneur, Georges Olivier, qui augmente son cachet. Entre deux dates de gala, en avril, Joe et Jacques sont de nouveau à Londres pour les quatre titres du sixième EP.

Quelques jours après, à Davout pour les voix. Comme un choriste anglais a du mal à enregistrer la voix du shérif en intro dans "Les Dalton", Jacques Plait se colle devant le micro pour lui montrer l'exemple. Une fois, deux fois, vingt fois. Le magnéto tourne, Plait déclame, l'Anglais bafouille. La scène vire au cocasse. Et le texte est dit avec une telle maestria par Jacquot que Joe et l'ingénieur du son, morts de rire, décident de conserver cette version. Jacques ne sait pas encore que des émissions de télé et un tournage de scopitone l'attendent. Le seul de Dassin. Joe veut mettre "Viens voir le loup" en face A, Jacques n'en démord pas. La saga des quatre ennemis jurés de Lucky Luke est un énorme tube. Elle doit figurer en face A. Dans les deux autres titres du EP, l'un est de Claude Lemesle. Joe a rencontré ce dernier lors d'une soirée de jeunes talents au Centre américain, situé en face de chez lui. C’etait une soiree d’ete et Joe est venu pour chercher un joueur de banjo. Il ne trouveras pas de joueur de banjo mais une chanteuse, Michele Cherdel, qui deviendra Vava du “Big Bazar”. Par la meme occasion, il va trouver aussi un auteur et un ami. Voila, Joe regarde Lemesle du haut de son metre 85 myope et il lui dit avec une bienveillance un peu genee “j’ai bien aime vos chansons, monsieur, est-ce que vous voules venir chez moi boire un verre avec vos amis? J’habite a deux pas…”

Après Rivat et Thomas, Lemesle est le troisième à rejoindre l'aventure Dassin. Pour toujours. Le 3 mai, "Les Dalton" sortent en face A, avec une pochette ne privilégiant aucun titre. Le disque est un des succès de l'été. Ce sera le dernier super-45 tours de Dassin, et aussi la dernière chanson comique de Joe. Les créations suivantes de ce style, signées par Joe, seront interprétées par Carlos. Fort de cette réussite, la rentrée est survoltée. Plait n'a qu'une hantise, trouver des chansons fortes, pour enchaîner les succès, comme il l'avait déjà fait pour Sheila. Joe est plus relax, il signe "Bébé requin" pour France Gall et écrase l'autre titre du disque écrit par Gainsbourg, provoquant la fin de la collaboration de Serge avec France. Joe est un chanteur populaire, certes, mais il veut enregistrer aussi des chansons qui resteront. Pour contrebalancer le "coup" des "Dalton", à l'automne 1967, il reprend un titre de Bobby Gentry, "Ode To Billy Joe", qui devient "Marie-Jeanne". L'adaptation est une traduction fidèle de l'original par Rivat. En face B, c'est une chanson plus "logique" avec le tube précédent, "Tout bébé a besoin d'une maman", toujours signée Rivat. Si le titre de la face A est un risque commercial évident, il est bon pour l'image du chanteur. Arthey dirige les musiciens à Londres début octobre, Joe enregistre les voix à Davout dans la première quinzaine, 200 prises pour "Marie-Jeanne"... pour finalement retenir la première. Le disque sort le 17 octobre, avec, pour la deuxième fois, un dessin en guise de pochette. Les radios boudent la face A au profit de la face B. Joe commence à comprendre que peut-être il est trop beau et trop jeune pour chanter certaines chansons. Il comprend mais n'accepte pas. A la même époque, Joe enregistre des chansons pour terminer son deuxième LP (on commence à dire album). Deux nouveaux titres, dont les textes sont signés Claude Lemesle, et quatre chansons qui restent en américain. C'est une grande première sur le marché hexagonal. Le LP sort en novembre. Pour les fêtes.

1968

Le succès de Joe se confirme chaque jour un peu plus, mais il a besoin de transformer son essai, de finir numéro un au hit-parade. Lors d'un voyage en Italie avec Jacques Plait, durant lequel il fait la promotion de cinq de ses chansons, il entend des chansons "potentielles". Lui, qui n'a toujours regardé que vers l'Amérique, pourrait peut-être trouver, au pays des mandolines, de futurs succès. Joe et Jacques rentrent à Paris, les valises pleines de disques. Vers le 19 février, l'équipe à Jojo se retrouve à Londres. Objectif : le méga-tube. Au studio du 129 Kingsway, chez De Lane Lee Music, l'ambiance est survoltée. On enregistre quatre titres dont une adaptation trouvée en Italie, "Siffler sur la colline" et, un original signé Rivat, "La bande à Bonnot". Quelques jours après, pour les voix, l'excitation est à son comble. Plait pressent un tube. Le 4 mars, les quatre titres sont mis sur le marché en deux simples, presque en même temps.

La révolte gronde en France. Le Général de Gaulle tremble. Joe, contrairement aux yéyés qui, hués, doivent s'exiler, devient un héros de la "révolution". La France entière siffle sur la colline, un petit bouquet d'églantines à la main. Le printemps et l'été arrivent et les chansons de Joe sont sur toutes les radios. Seule inquiétude de ces temps mouvementés, les "réassorts", les réapprovisionnements des disquaires. Joe en profite pour enregistrer, le 25 avril, ses deux premiers titres en italien, qui sortent en juin sur le marché péninsulaire. Il resigne également son contrat avec CBS le 26 juin, juste avant de partir, le 29, faire sa promotion en Italie. Comme les deux chaînes de l'ORTF sont occupées par les étudiants qui manifestent, la chanson française s'est réfugiée sur la RAI. Joe ramène de ce séjour en Italie un souvenir de Sylvie Vartan et de Carlos, rencontres sur un bateau. Avec Carlos, une amitié est en train de naître. Celle-ci va se conforter lors d'un reportage en Tunisie pour le journal à la mode, Salut Les Copains, dit SLC. A la rentrée, l'équipe CBS s'étoffe d'un nouvel attaché de presse, Robert Toutan. Ce dernier surveillera désormais l'image de Joe. En novembre, toujours à Londres pour les musiciens, et à Paris (Davout) pour les voix, Jacquot et Joe enregistrent quatre titres, trois tubes. Comme pour les deux disques précédents, c'est un tir groupé, deux nouveaux simples sortent en parallèle, en novembre. "Ma bonne étoile" est une adaptation de l'italien par Delanoë, "Le temps des oeufs au plat" est signé Ricky Dassin et Claude Lemesle. De son côté, "Le petit pain au chocolat" est adapté de l'italien, toujours par Delanoë. L'industrie du disque vit une période de crise, aussi CBS ne met pas d'album sur le marché pour les fêtes. Le 10 novembre, Joe chante "Ma bonne étoile" dans Télé-Dimanche, et la France capitule. La fin de l'année est explosive. Les brioches jalousent les pains au chocolat dans les boulangeries républicaines, et les boulangères doivent à Joe, après Pagnol, le plus beau de leur lifting. Certaines iront même jusqu'à changer leur enseigne et à se baptiser "Au petit pain au chocolat", prouvant que Joe est bien plus qu'un chanteur. Désormais, il est un phénomène social. A un tel point que CBS ne peut plus fournir les commandes des disquaires, et qu'un groupe anglo-saxon, les Tremeloes, adapte ses titres ramenés d'Italie. Galvanisés, le 26 novembre, Joe et Jacques s'envolent pour Montréal via New York. Le 29, commence une semaine d'interviews au Québec: Montréal, Trois Rivières, Québec, puis Ottawa au Canada anglophone. L'accueil est fabuleux. La promotion sans pareil. Tout va très bien à l'exception d'une absence totale de mise en place chez les disquaires ! Les lumières balisent la piste d'Orly et les vitrines des grands magasins pour Noël. Joe est rentré. Avec Maryse, ils fêtent la nativité dans leur nouveau cinq pièces rue d'Assas et rêvent d'un enfant.

1969

Plait et Dassin ne sont toujours pas entrés en studio pour leur troisième album. En attendant, CBS met sur le marché, en février, un simple d'anciens titres comprenant "Bip-Bip" et "Les Dalton", afin de faire patienter le public. Ces derniers, à une époque où la BD commence à faire fureur, prennent un bain de jouvence, alors que Joe repart à Londres pour enregistrer. Désormais, ni Londres, ni Heathrow n'ont de secret pour lui. Six nouveaux titres sont "mis en boîte", dont deux tubes, "Les Champs-Elysées", une adaptation de l'anglais par Delanoë, et "Le chemin de papa", co-signé par Dassin et Delanoë. On y trouve aussi la reprise de "Me que, Me que", signée Bécaud-Aznavour, et deux titres de Joe et Ricky A son retour, le rythme s'accélère encore, télévisions, radios, reportages, sans parler des demandes de galas qui s'amoncellent...

Le 1er avril, il s'effondre. Infarctus. Une péricardite virale l'immobilise pendant un mois. En mai-juin, à peine relevé, Joe sort son album et un simple unique comptant à la fois, "Les Champs-Elysées" et "Le chemin de papa", sans parler d'un simple promo destiné à vendre l'album. Plus que jamais, "ce qui plaît à Plait, plaît au public". Et, c'est à nouveau le raz de marée, alors que le 16 juin, Joe se résout à passer son permis de conduire français. A cette époque, Joe est l'invité de "Salves d'or", animée par Henri Salvador. L'émission a des parfums d'ordinaire. Joe ne compte déjà plus les jours, où il s'est retrouvé sur un plateau de télé. Pourtant, pour la première fois, sur les conseils de Jacqueline, la femme d'Henri, il endosse un costume blanc. Il deviendra sa tenue de scène officielle et définitive. C'est aussi à cette époque qu'il s'éloigne de ses deux auteurs fétiches Jean-Michel Rivat et Frank Thomas.

Au Port du Salut, il rencontre Boby Lapointe, sympathise avec lui, et l'emmène en tournée. Boby, par amitié, lui présente Georges Brassens autour d'une table. Le dîner est magique. Joe retrouve son monde, loin du show et loin du business. Toute sa vie, il sera reconnaissant à Boby Lapointe de cette rencontre, et après la mort de Lapointe, Joe se chargera même, auprès des disques Philips, de rééditer cet artiste, et, ainsi de lui offrir un futur.

"Les Champs-Elysées" ne sont plus seulement sur toutes les lèvres parisiennes, ils ont conquis l'Hexagone. Joe part faire du ski d'été à Tignes en juillet, avant d'entamer une nouvelle tournée qui doit préparer son Olympia en vedette, prévu pour l'automne. En septembre, sort un double album compilation, le premier pour Joe. De nombreux autres suivront. Sa réussite dépasse les frontières, "Les Champs-Elysées" viennent de rentrer au hit néerlandais. C'est la première fois que Joe est classé aux Pays-Bas. 11 ème pour une durée de 7 semaines, ce qui est un superbe score. Le 1er et le 15 octobre, il enregistre une version anglaise des "Champs-Elysées", suivie d'une version allemande. Cette dernière en re-recording est faite à Davout en même temps que la version allemande du "Chemin de Papa" le 29 octobre. Désormais, que ce soit sur un marché étranger ou un autre, Joe sera toujours classé quelque part dans le monde. Alors que Johnny Hallyday rêve, en vain, depuis 1960 d'une carrière internationale, Joe, sans le vouloir, s'impose sur la planète et va même finir numéro un devant les Beatles au hit-parade moscovite. Et cela, bien avant d'être chanté par les étudiants chinois sur la place Tian an Men, face aux chars, lors d'un printemps que Joe n'aurait pas aimé voir. Joe a entamé son Olympia, qui est un triomphe. Le 22 octobre, après la première, a lieu un dîner chez Maxim's. Mais le plus beau cadeau arrive le 25 octobre, c'est un télégramme de félicitations signé Brassens.

L'Olympia terminé, la presse parisienne domptée, Joe part à l'assaut du marché allemand avec ses deux chansons enregistrées dans la langue de Goethe. A Hanovre, le 27 novembre, il fait une télé avec ces deux titres. C'est "Studio B" de Péter Froehiich. Parallèlement, CBS presse à quelques exemplaires un simple pour la France avec la version anglaise des "Champs-Elysées". Introuvable. En décembre, Jacques Plait hésite. Le simple et l'album se vendent bien, faut-il sortir un nouveau titre ? Et surtout comment trouver une succession au tube précédent ? "C'est la vie Lily" et "Billy le Bordelais" reçoivent la lourde responsabilité de prendre la relève. Pas de face B et donc deux faces A. Bien vu. A peine sorti, le disque reçoit un accueil sans précédent a Saint-Emilion et les membres de la ligue anti-alcoolique se rabattent sur l'histoire de Lily. Pour la deuxième année consécutive, Joe ne sort pas d'album pour les fêtes. Manque de temps ou technique marketing novatrice avant le mot ? Il est vrai que Joe est épuisé, et qu'il doit ménager son coeur. Il décide de partir en vacances, de s'offrir le voyage de noces qu'il n'a pas eu. Après un passage à New York, où le couple assiste au très étrange spectacle "0 ! Calcutta", cap sur les Caraïbes. Atterrissage aux Barbades jusqu'au 15 janvier. Au programme, plage et soleil.

1970

Pendant ce temps, l'Allemagne réagit. Le 3 janvier, pour la première fois, Joe est classé au hit allemand avec "Die Champs-Elysées", il y reste quatre semaines et finit 31ème. Plait n'en croit pas ses oreilles. A peine rentré, Joe, après un passage au Palais d'hiver de Lyon, doit repartir à nouveau outre-Rhin. Il est, les 21 et 22 janvier à Wiesbaden, invité du fameux "Star-Parade" télévisé, avec quatre chansons. Le 28 janvier, nouveau re-recording au studio Davout. Les "Champs-Elysées" passent à la moulinette italienne, accompagnés de "C'est la vie Lily". En février et mars, tournée en France, et remise officielle, le 5 mars, du Grand Prix du Disque de l'Académie Charles Cros pour l'album "Champs-Elysées". Enregistrement du disque d'été. Joe accélère le rythme. Le succès d'été est une institution de l'époque, générant de nombreux passages radios sur les stations des plages en juillet et août, et de non moins conséquentes ventes de rentrée. A Londres et à Davout, Joe met en boîte, "L'Amérique" et "Cécilia", deux adaptations signées Delanoë. Pour ce disque, l'anecdote est savoureuse. Plait, toujours inquiet des réactions de Joe, lui avait fait écouter l'original de "L'Amérique", disant (pour le piéger) qu'il allait le proposer à Johnny Hallyday. Moyen le plus radical pour que Joe s'en empare. Plait avait vu juste. Dassin menaça Plait de toutes les ruptures s'il ne lui donnait pas la chanson. Pour la troisième saison consécutive, Joe allait faire le tube de l'été. En attendant la mise en vente du simple, prévue pour mai, Joe, fait quelques galas et un nouveau voyage sur l'Italie le 28 avril. Au programme, des télés à Naples et à Milan. Il chante ses deux titres en version italienne dans "El Caroselo" et "Sette Voci". D'Italie vient également Gigliola Cinquetti, pour laquelle Dassin signe "Le Bateau-mouche" qui sort chez CBS. L'écurie Plait s'agrandit. Puis l'été arrive avec sa ronde de galas, ponctuée par des séances d'enregistrements, comme le 16 juillet, celle, mémorable, destinée à enregistrer des versions japonaises, notamment celle des "Champs-Elysées". Quelques galas, et, aux premiers frimas de l'automne, pour la troisième fois, Joe enregistre en italien. La séance a lieu le 16 octobre au studio Davout. "L'Amérique" et "Cécilia" vont être savoures dans la langue de Dante. Si Jean-Marie Périer fait quelques photos régulières avec Joe, c'est Bernard Leloup qui rapidement devient son photographe attitré. Le 27 octobre, celui-ci conduit Joe chez des amis qui vivent dans une champignonnière à 50 kilomètres de Paris, et qui gardent Loulou, le guépard de Leloup, si photogénique. Clic-clac. Sur la voie d'un petit chemin de fer désaffecté, Loulou en laisse, Joe fait des photos. Comme la Harley, de quelques instants, à New York, Loulou s'inscrit pour l'éternité aux côtés de Joe, et on le retrouvera sur de nombreuses pochettes de disque. Joe est de retour en Allemagne le 9 novembre, à Berlin. En attendant, à Londres, Arthey prépare les arrangements d'un album, où il n'y a que des chansons nouvelles. Un jour de mai, Claude Lemesle l'apporte deux chansons dont il a écrit les paroles et la musique: “Les filles que l’on aime” et “L’équipe a jojo”. Joe les refuse toutes les deux en lui disant: “Claude, pourquoi veux-tu que je te prenne deux musiques que je suis parfaitement capable d’écrire moi-meme?” En août, Jacques Plait, a qui Lemesle est allé rendre visite dans sa belle maison de St Cézaire sur Siagne, lui demande: “Qu’as-tu écrit de nouveau, Claude?”, et Claude lui inflige, naturellement, ses deux chansons laissées pour compte. Jacquot, qui a l’enthousiasme bondissant, s’emballe immédiatement et dit: “Je cherche désespérément depuis deux mois ce que je pourrais bien faire apres une tube tel que “L’Amérique” et bien, ça y est, j’ai trouvé!”, ce a quoi Claude reponds aussitôt: “Il n’y a qu’un seul petit problème, Jacques, c'est que je les ai fait écouter a Joe qui n’en veut pas”. “Il est fou!” replique Jacquot, dans un cri du coeur qu’il positive immédiatement d’un: “Ne t’inquiète pas, j’en fais mon affaire!” Enfin, Joe prends les deux chansons mais il change les melodies et quelques mots – et "Les filles que l'on aime" deviennent "La fleur aux dents". Vraiment, c'est pas facile de travailler avec lui. Type attachant et adorable mais dès temps en temps emmerdant, Joe est appellé par Lemesle et Delanoë "un mec atta-chiant".

Dès sa sortie, début décembre, l'album s'envole vers des records de vente. Disque d'or en dix jours. Il faut dire que les radios reçoivent deux simples promos. CBS a mis le paquet. Joe, lui, a d'autres engagements. Pour la première fois, il part en tournée en Afrique. Celle-ci est négociée par Charley Marouani auprès du tourneur local Gérard Sayaret, qui programme dix pays en vingt et un jours. Avec, comme road manager, Pierre Lumbroso. Joe y impose sa compagne et quitte la France avec huit musiciens le 1er décembre. Les étapes sont courtes, le climat éreintant : le Maroc (Casablanca et Rabat), le Sénégal (Dakar pour deux soirs), la Côte d'Ivoire (Abidjan), le Togo (Lomé), le Dahomey (Cotonou), le Cameroun (Yaoundé), la République Centre Africaine, le Zaïre (Kinshasa pour deux soirs), le Gabon (Libreville), le Cameroun (Douala), le Tchad (Fort Lamy)... De loin, les jeunes Français suivent son périple, révisent leur géographie. Quand Joe rentre à Paris, il a à peine le temps de fêter Noël qu'il faut repartir en Allemagne les 29 et 30 décembre. A Berlin, il chante en allemand et conforte sa position de star internationale montante.

1971

Alors que le simple de "La fleur aux dents" est mis en vente, le 4 janvier, on remet six disques d'or à Joe. Il n'en croit pas ses yeux. Le 6 janvier avec Plait, le voilà parti pour les Etats-Unis, où par hasard, il rencontre son père avec Mélina Mercouri. Lors d'un déjeuner avec le directeur de la division internationale chez CBS, Sol Rabinovitz, il rencontre l'imprésario Paul Rosen, qui doit s'occuper de sa carrière américaine. Mais l'affaire ne se fera pas. Les 26 et 27 janvier, au studio Davout, le voilà chantant en allemand à nouveau : la séance est importante puisque ce sont quatre chansons qui sont gravées, "La fleur aux dents", "Mélanie", "Le cadeau de papa" et un titre original. Epuisé, il part skier à Courchevel avec Maryse. Ces vacances d'hiver sont ses grandes vacances de chanteur, l'été étant toujours retenu pour les tournées. En avril, il est en Allemagne pour promouvoir ses chansons, en Bavière, à Munich. Ce pays commence à ne plus avoir de secret pour lui, et surtout plus aucune réticence à son égard. Le simple de "L'équipe à Jojo" sort sur le marché français en juin, mais Joe enregistre quatre nouvelles chansons pour l'été, des originaux signés de la bande à Jojo. Sur les deux disques qui sortent en juillet, si "Fais la bise à ta maman" est un succès, il n'est malheureusement pas le tube de l'été. En novembre, voici Joe à nouveau à Londres pour un album. La plupart des chansons sont des originaux français, un titre est co-signé par Michel Mallory et Alice Dona et arrangé par Alfredo de Robertis à Paris. L'album ne contient que peu de tubes potentiels et une tension passagère monte entre le chanteur et son producteur. Heureusement que le marché étranger apporte son lot de joies. Le 15 novembre, "Das sind zwei linke schuh", le titre original allemand termine 21ème au hit de la RFA en douze semaines. Cette chanson reste son plus grand succès outre-Rhin. Joe, avec ses pattes d'éph' moulant ses jambes longues et ses chemises pelles à tarte ouvertes sur une poitrine velue, a tout du latin lover qui plaît aux Bavaroises comme aux Berlinoises. Joe part avec Carlos et Bernard Leloup quelques jours à Djerba. Après l'orage, pour régénérer leur amitié, le 9 décembre, les Dassin invitent les Plait en voyage au Maroc. Tous les quatre partent à la Mamounia, dans deux suites royales, vivre leur complicité vite retrouvée...

1972

En janvier, aucun titre ne se détache de l'album, aussi CBS sort un simple relançant un titre de l'été précédent. C'est un premier creux de la vague. En attendant des jours meilleurs sur le marché français, Joe enregistre, du 17 au 20 avril, un album pour l'Allemagne au studio Davout. "Fais la bise à ta maman", "La ligne de vie", "Bye-Bye Louis", "A la santé d'hier", "La mal-aimée du courrier du coeur", "Allez roulez", "L'équipe à Jojo", "Adieu mes amis", "Elle était Oh ! ", "Le chanteur des rues", "Sylvie", et deux originaux, soit une douzaine de chansons chantées en allemand, un record ! Sans compter, "Taka taka-ta" en français pour le marché hexagonal, qui sort en mai. Et qui reçoit un bon accueil. Ouf ! Plait s'éponge le front. Joe, sur l'insistance de Maryse, signe une nouvelle tournée. Pour les îles et territoires au bout du monde. En juin : La Réunion, Madagascar (dont il ne voit que l'aéroport à cause d'émeutes), et Djibouti. Après un passage à Paris, redécollage vers la Nouvelle-Calédonie (sur laquelle s'abat un cyclone lors de son séjour), et Tahiti. Joe a réussi, en plus de son road manager, Pierre Lumbroso, à imposer ses huit musiciens mais aussi trois choristes. Sans compter Bernard Leloup qui vient faire des photos pour Salut Les Copains, et Maryse qui serait prête à faire le voyage dans une valise tellement elle ne veut pas rater cela. A Tahiti, à la suite des galas, Joe et Maryse restent douze jours en vacances à Tahaa dans une cocoteraie près de Papeete. Le rêve. Joe est tellement subjugué par la beauté des paysages, qu'il achète vingt hectares de terrain dont un kilomètre de plage de sable fin. Il le sait désormais, c'est là qu'il prendra ses vacances. En juin, Joe est de nouveau aux Etats- Unis. En Californie, avec Jeff Barry, il a rendez-vous chez AM Records le 24, et enregistre trois chansons pour le marché américain, notamment "Vaya na cumana" en anglais. Au retour, il faut reprendre la route, une nouvelle tournée d'été l'attend. Avec ses fatigues, mais aussi ses satisfactions dénichées au fond des guides gastronomiques. Les villes défilent, tout comme les bonnes tables. A la rentrée, une surprise, alors que Joe a enregistré de multiples chansons en allemand, c'est "Taka takata", qui, le 4 septembre, rentre une semaine au hit allemand à la 50ème place. Lors du week-end de la Toussaint, Joe est à Deauville chez Pierre Delanoë. Là, il va s'adonner au golf pour la première fois. Ce sport ne le lâchera plus. A Paris, à Valbonne, au Maroc, à Tahiti. Partout, désormais il emmènera ses clubs. On le verra même, deux ans plus tard, au Trophée Lancôme, partenaire du champion Arnold Palmer. En novembre, le rituel est respecté. Londres et Davout sont au programme. Les auteurs et compositeurs remettent leurs copies à Plait. Un nouvel album est sur le feu. Mais, cette fois, quelque chose de nouveau vient d'être installé au studio. Plait et Dassin n'en croient pas leurs oreilles lorsqu'Arthey leur fait écouter une nouvelle machine qui remplace des musiciens : le synthétiseur. Ensemble, ils vont la dompter. L'album ne comprend presque que des nouveaux titres dont deux se détachent : "La complainte de l'heure de pointe (à vélo dans Paris)", et "Le moustique", deux adaptations. Plait, en souvenir du précédent album, veut limiter la casse. Dassin, lui, adore une adaptation de Guthrie et Goodman, "Salut les amoureux", qui va bientôt triompher. La sortie de l'album est prévue pour décembre. CBS réédite en novembre un simple de "La bande à Bonnot". Le premier extrait de l'album, "La complainte de l'heure de pointe", est mis sur le marché au moment des achats de Noël. Toute la France fredonne la chanson au titre inadapté, forçant sur le pédalier et donnant le rythme au son du timbre du guidon...

1973

L'année commence bien, Joe est "en grandes vacances" à Courchevel. Comme souvent, sortent, en parallèle, deux nouveaux simples extraits de l'album, "Le moustique" et "Salut les amoureux". La première des deux chansons fait délirer la moitié du pays, et donne le bourdon à l'autre moitié. La seconde, bien meilleure, entre dans la légende. Nous sommes en mars. Les Allemands réclament Joe. Le 21, il offre à ce peuple amoureux de la petite reine, une version allemande de "A vélo dans Paris", enregistrée à Davout. Quand Joe attaque sa nouvelle tournée française, Maryse est enceinte. C'est la plus belle chose qui pouvait arriver à ce couple qui va fêter ses dix ans de vie commune. Joe est aux anges, tellement heureux qu'il décide de s'installer à la campagne. Il achète un terrain en banlieue ouest de Paris pour y faire construire une maison. Et, pour mieux surveiller les travaux et donner à la future maman l'air de la nature, si important pour le bébé, il quitte la rue d'Assas pour une maison louée sur le golf de Saint-Nom-la-Bretèche. En attendant. Maryse surveille les travaux de la maison construite dans un bois, à Feucherolles. Le premier choc pétrolier n'a aucune incidence sur l'avancement des travaux. En revanche, les escrocs et les voleurs les ont repérés. La maison leur coûte une fortune en matériaux. En mai, Joe est de nouveau à Londres, cette fois aux Audio International Studios. Avec Arthey et Plait, il enregistre deux titres de Delanoë et Lemesle. L'un d'eux, "La chanson des cigales" essaie de prendre la suite du "Moustique". Mais la France n'entend pas ce bourdonnement de la même oreille. Autrefois, ce creux de la vague, qui n'a jamais épargné aucun chanteur, même des plus grands, l'aurait plongé dans la dépression la plus totale. Comme il sait qu'il va être papa, il relativise l'importance de sa vie professionnelle. Pour juillet, Maryse se repose à Deauville, alors que Joe repart à Tahiti. Nul doute, il est fasciné par cette île. Le prétexte invoqué est de surveiller les travaux des farés (petits bungalows) qu'il fait construire sur son terrain. En août, la mort dans l'âme, il doit rentrer en France pour repartir en tournée. Sans tube à l'appui. Et, comme une mauvaise nouvelle en amène d'autres, la pire des choses qui peut arriver à un futur papa, le frappe de plein fouet.

Maryse donne naissance, avant terme, à un prématuré, Joshua, qui décède cinq jours plus tard. A cette date, la vie de Joe bascule. Désormais, rien n'est plus comme avant. Dans cette dépression, son ami Carlos, avec qui il fait ses tournées, le soutient. Joe décide de lui écrire son album. Des chansons que lui-même ne pourrait pas chanter. C'est ainsi que naît "Une journée de Monsieur Chose". En même temps, Joe doit préparer son album de fin d'année, même si CBS a mis en vente en septembre une double compilation. Pour faire patienter. Joe se noie dans le travail, le seul tourbillon qui l'empêche de penser et peut le sauver du gouffre. Avec son photographe et ami Bernard Leloup, il part à Las Vegas et dans les canyons faire quelques photos. Enregistre au Landsdowne Studio et à Davout en novembre, le nouvel album sort en décembre. Avec uniquement des nouveaux titres. Peu de tubes potentiels, sauf, peut-être, "Fais-moi de l'électricité", signé par la bande. On remarque à nouveau sur ce LP, la signature de Daniel Vangarde et celle d'Alice Dona.

1974

En janvier, un simple est extrait de l'album. Il n'y a pas de face A ou B, "Quand on a seize ans" et 'A chacun sa chanson" sont présentés de la même façon. Comme les titres n'accrochent pas, CBS s'empresse de mettre sur le marché, fin janvier, un autre simple avec "Les plus belles années de ma vie" et "Fais-moi de l'électricité" en face B. C'est à peine mieux. Joe doit vraiment trouver un nouveau souffle. Son inspiration est bien meilleure quand il compose pour les autres. Comme pour son ami Carlos. Il lui donne d'énormes tubes comme "Senor Météo" et "Le bougalou du loup-garou" avec Claude Bolling. Il chante même en duo avec Dolto junior, "Crésus et Roméo". Le 19 février, Joe est à l'Olympia. Dix-sept musiciens dirigés par Claude Gagnasso, dix danseuses, cinq choristes... et un lasso. Cette fois le spectacle est enregistré dans le but de sortir un "live". Deux pot-pourris dont un de succès américains des années 40 animent le spectacle. Ambiance Andrew Sisters garantie. Après cette scène, le 13 mars, Joe est au studio Kluger à Bruxelles pour enregistrer trois chansons en allemand : "Quand on a seize ans", "La dernière page" et "A chacun sa chanson", qui ne marqueront pas vraiment la Bundes Republik. Joe s'est promis d'aller à Tahiti au moins une fois par an. Cette année, son voyage a lieu en mai. Avec Maryse, ils ont demandé à leurs amis restaurateurs provençaux, Gu et Renée Galasso, de les accompagner. Ces derniers aiment la plaisanterie et sont d'excellents compagnons de voyage. La galéjade jette l'ancre au milieu du Pacifique. On retrouve ensuite Joe en studio, à Londres. Il lui faut un tube pour l'été. Absolument. Il enregistre deux titres dont "C'est du mélo", mais le 45 tours ne décolle pas. Le souci de Plait vire à l'obsession. Il lui faut trouver les titres. Quand la tournée d'été arrive, Joe fait craquer le public avec ses tubes du passé. Le côté nostalgique de son récital lui pèse un peu. A l'automne, même s'il emménage dans sa superbe maison de Feucherolles, le beau chanteur envié s'ennuie. Sa vie de couple n'est plus ce qu'elle était, et sa vie d'artiste est monotone. Plait redynamise ses troupes qui ne croient pas à un retour au premier plan. Toute carrière, après quelques coups d'éclat, prend son rythme de croisière et s'use. Pourquoi Joe ferait-il mieux ? Jacquot ne l'entend pas de cette oreille. Il fait travailler auteurs, adaptateurs et compositeurs sur le futur album. En novembre, au Lansdowne Studio, on décide même de rajouter à l'équipe un ingénieur du son, ce sera John Mackswith. L'album sort en rush fin novembre, car Plait veut des ventes de fin d'année. Il était temps. Dans l'album, deux tubes se détachent "Vade retro" et "Si tu t'appelles Mélancolie". Immédiatement, un simple est extrait avec ces deux chansons fortes. Plus question de faire la fine bouche et d'économiser des titres. A cette roulette de la chanson, Plait mise tout sur le rouge et fait exploser la banque. Joe est à nouveau sur les rails.

1975

Au loin, gronde le disco. Joe Dassin, présent au MIDEM, en entend à peine parler. Pour l'heure, en mars, Plait sait qu'il faut qu'il repositionne Dassin de façon durable. Le succès du dernier single doit être confirmé. Il est à l'affût de "la" chanson, "du" titre pour l'été. Mais le temps passe vite. Très vite. Et le miracle se produit. Lors d'une réunion d'écoute chez CBS début mai, le producteur artistique au flair redoutable entend une production italienne qui doit être distribuée en France. "Africa" par le groupe Albatros est co-signée d'un certain Toto Cutugno et de Vito Pallavicini, très connu par les artistes français qu'il a l'habitude de traduire en italien. 11 est chanté en anglais. Plait se jette dessus, court la faire écouter à Dassin... Ce dernier craque, démonte et remonte entièrement la chanson, pendant que Plait réserve le Lansdowne Studio, prend des billets pour Londres, demande un texte en rush à Delanoë et Lemesle... Roissy. Heathrow. Landsdowne. Heathrow. Roissy. Quelques jours se sont à peine écoulés, quand il rentre en France faire les voix le 24 mai au studio CBE de Bernard Estardy. Ce dernier est un "preneur de voix" sans pareil. Il sait comme personne capter les grains de voix des grands de la chanson française. Une mélodie forte, des arrangements soignés, un texte parlé en intro enregistré en une prise surprise, un titre fort trouvé par Delanoë: "L'été indien" est né. Tous les voyants du tableau de bord de Plait clignotent, il flaire le tube. Mais celui-ci sait que le plus dur reste à faire. Mise en radio, promo, télé... Le feu aux poudres est mis le 27 mai sur les périphériques. Le disque sort le 6 juin, jour anniversaire du Débarquement. Bon présage. Plait veut faire d'une pierre trois coups. Les 24 et 25 juin, toujours à CB
joedassin.info
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